Festival : Prognosis 2019, pélerinage Prog’ aux Pays-Bas

Prognosis 2019 - Affiche

Pendant deux jours, à deux pas de la frontière belge, certaines des plus grandes, emblématiques et historiques figures du metal progressif ont côtoyé les nouveaux venus du genre, pour proposer des heures intenses de musique à un public qui s’est déplacé en masse. Pas étonnant, après cette première édition du festival, que le rendez-vous soit déjà pris pour 2020.

Le Prognosis festival

Pour sa toute première édition, le Prognosis festival a frappé fort en proposant, en plus d’une affiche de metal progressif exceptionnelle, des conférences et clinics enthousiasmantes. Ce concept, une première aux Pays-Bas, a pris ses quartiers dans un espace bien connu des amateurs, « Effenaar » à Eindhoven.

Pour le prix démocratique –il faut admettre un excellent rapport qualité/prix- de 79€ pour deux jours, le festival offrait la possibilité d’assister à un défilé de groupes tous meilleurs les uns que les autres. L’appel a été entendu puisque, d’après les organisateurs, ce sont des visiteurs de 35 pays différents qui ont fait le déplacement pour le weekend.

Loud Noise – un organisateur bien connu

Loud Noise - Progressive AllianceIl faut reconnaître que derrière cet événement ne se cachent pas des novices de l’organisation, puisqu’apparaît en grand –entre autres- le logo de « Loud Noise », agence qui organise déjà de nombreux festivals dont la réputation n’est plus à faire, tels que le Dynamo Metal Fest, Into the Grave, ou Into the Void. Il y a quelques mois à peine, en novembre, ceux-ci étaient également impliqués dans la mise en place d’une excellente soirée à laquelle j’ai eu la chance de participer, « The Progressive Alliance ».

« Overcrowed », le reproche à faire au Prognosis festival

Malheureusement, et autant crever l’abcès directement, le festival a peut-être été victime de son succès. Quiconque s’est déjà rendu à Effenaar connaît la très grosse différence de capacité entre ses deux salles. Les organisateurs ont naïvement cru qu’en organisant des chevauchements d’horaires, le public se scinderait de façon optimale. Ce ne fût évidemment pas le cas et le résultat fut éreintant. La densité de l’audience devant la grande scène pour certains concerts était abominable et la petite salle ne fut même pas accessible à tous pour certaines performances.

Ce problème a été très largement pointé du doigt sur les réseaux sociaux et je pense que l’organisation en est à présent consciente. Reste à voir ce que nous réserve la prochaine édition…


Notes au lecteur :

  • J’ai vécu ce festival avec des béquilles, souffrant toujours après une grosse fracture de la cheville. Le fait qu’il y ait eu tant de gens a donc été physiquement très fatigant pour moi, obligée de me faufiler comme je pouvais en permanence.
  • Les (*) devant les noms des groupes indiquent que ceux-ci ont joué dans la grande salle du Effenaar.

Vendredi 22 – Une programmation exceptionnelle, un public qui s’est déplacé en masse

Running Order Prognosis Festival - Jour 1

Vendredi 22 mars 2019, c’est dès 18h que les hostilités étaient lancées. Mais aux premières heures de cette journée « sold out », une grande part du public se trouvait encore à l’extérieur de la salle, attendant patiemment de passer le contrôle de sécurité avant de pouvoir enfin profiter de la musique. Pour ma part, ce n’est qu’aux alentours de 18h30 que j’ai pu passer les portes d’Effenaar…

Wheel

À ce moment, dans la petite salle, le public se presse déjà pour apercevoir Wheel, groupe basé en Finlande, mais formé par un Anglais, et en tournée européenne pour promouvoir leur excellent « Moving Backwards » (2019) avec le groupe suédois Soen.

Malheureusement, étant donné mon arrivée tardive, je ne peux profiter que des deux derniers morceaux du groupe, péniblement perchée sur la pointe de mes pieds sur le balcon de la petite salle.

Mais deux morceaux suffisent à se rendre compte de la profondeur de la voix du frontman James Lascelles. La qualité des musiciens n’est pas en reste, et le son de la basse, rond et chaleureux, engendre chez moi une petite chair de poule. La densité du public ne laisse d’ailleurs que peu de place au doute : le groupe vaut la peine d’être vu et écouté !

*The Gathering (special « Auto-reverse » set)

À peine les dernières notes de Wheel se sont-elles éteintes qu’il faut se dépêcher de monter les deux volées d’escaliers jusqu’à la grande salle d’Effenaar. Et là, c’est un voyage temporel qui se produit. Je pense qu’une large part de l’audience est renvoyée à ses années d’adolescence par l’arrivée sur scène du groupe néerlandais mythique The Gathering.

The Gathering - Promo picture 2009

Je dois avouer que, personnellement, je les avais découverts avec leur chanteuse, Anneke Van Giersbergen, et que j’ai commencé à me désintéresser du groupe en 2007, lors du départ de celle-ci. Ce fut donc une redécouverte.

Silje Wergeland est extrêmement talentueuse, et le groupe en général se débrouille excellemment bien. Il n’empêche que, pour moi, la musique de The Gathering ne se prête pas à un festival indoor comme celui-ci. J’imagine bien plus les écouter assise dans l’herbe au soleil lors d’un festival d’été ou confortablement posée dans mon canapé.

Au bout de quelques morceaux seulement, j’avoue m’ennuyer un peu.

Jo Quail

Jo Quail est une découverte intéressante et déstabilisante. Seule sur scène, la violoncelliste jongle entre son instrument et ses pédales loop pour réaliser des airs techniques et complexes. La performance est hypnotique, tantôt lente, tantôt rapide, toujours puissante.

Une très bonne découverte au sujet de laquelle j’ai du mal à me prononcer de façon précise. Une chose est sûre, la performance m’a marquée et a piqué ma curiosité. Il est certain que mes oreilles vont s’y replonger bientôt.

*Leprous (The Congregation)

La notoriété des Norvégiens de Leprous n’est plus à faire, et on peut même affirmer sans trop de risque de se tromper qu’ils sont devenus des « incontournables » du prog’. Lors de leur passage au Prognosis festival, c’est tout leur album « The Congregation » (2015) que les musiciens interprètent.

Leprous - Promo picturePour l’occasion, je pense que c’est l’entièreté du public du Prognosis festival qui est rassemblé en un seul et même endroit : la grande salle d’Effenaar. Il faut se faxer entre les gens pour trouver un petit endroit où se mettre pour profiter du spectacle.

Sur scène, pas une fausse note. Leprous propose une musique en qualité « studio », mais en live. Tout est millimétré, la présence sur scène est travaillée, le niveau technique est excellent.

Le public devient par contre extrêmement oppressant et, ayant déjà vu quelques fois Leprous sur scène, je décide de redescendre d’un étage.

Alex Skolnick Trio

Et le moins qu’on puisse dire est qu’on respire beaucoup mieux dans la petite salle d’Effenaar que quelques mètres plus haut ! Et pourtant, si le style est légèrement différent, le niveau de qualité n’est certainement pas moindre que devant Leprous !

Sur scène, une batterie, une contrebasse et une guitare composent le Alex Skolnick Trio. Si ce nom revient aux oreilles de certains, c’est sans doute parce que le guitariste Alex Skolnick, élève de Joe Satriani, s’est notamment illustré au sein de Testament.

La prestation donne ici envie de se déhancher, le rythme est dansant, la performance des trois musiciens est extrêmement agréable. Il est plaisant de voir des artistes qui n’en font pas trop sur scène, qui sont là pour proposer de la bonne musique, faire plaisir au public et se faire plaisir à eux-mêmes. Ce fut le cas du Alex Skolnick Trio, que j’espère bien avoir l’occasion de revoir, maintenant que je sais à quel point c’est -objectivement- bon.

Soen

Trente minutes après la fin du set de Alex Skolnick Trio, le quintette suédois Soen prend place sur la petite scène.

Ici fût sans conteste l’une des pires erreurs de la part des organisateurs que celle de les faire jouer sur la petite scène, en espérant que le public se scinderait équitablement entre Leprous et Haken au détriment du groupe dont la popularité ne cesse de croître depuis la sortie de leurs albums « Lykaia » (2017) et, plus récemment, « Lotus » (2019).

Nombreux furent les gens déçus de ne pas pouvoir profiter du spectacle, la salle et son balcon étant complètement bondés et inaccessibles à tout spectateur supplémentaire. Les organisateurs ont d’ailleurs été fustigés pour cela sur les réseaux sociaux et ne risquent pas de réitérer une telle erreur.

Ceux qui ont déjà eu l’occasion de parcourir mes premiers articles savent toute la tendresse que j’ai pour le groupe Soen, depuis que je les ai découverts avec leur premier album « Cognitive » (2012). Depuis, je les ai vus sur scène près d’une dizaine de fois.

Comme toujours, ils ont proposé un set impeccable. Certes, peut-être une ou deux erreurs, peut-être une mesure qui disparait pour réapparaître l’air de rien. Mais globalement c’est presque trop. Le groupe est en place, chaque membre sait ce qu’il a à faire et le fait bien. Chacun a son moment-phare, celui durant lequel il peut briller un peu plus que les autres avant de revenir faire briller le groupe entier.

Mes petits préférés du groupe, Martin Lopez et Stefan Stenberg ont quand même réussi à me faire voyager dans leur univers rythmique – »poum poum tchack »- alors que Joel Ekelöf semblait beaucoup plus assuré et confiant sur scène. Lui aussi a trouvé sa propre façon de faire et l’affirme.

Soen - Promo picture

Bref, comme à chaque fin de concert de ce groupe, je me dis que c’était beaucoup trop court et j’attends déjà la prochaine fois que je les reverrai avec impatience… Rendez-vous est pris pour le Prog in Park III à Varsovie en juillet !

*Haken

C’est enfin le groupe londonien Haken qui clôture cette première journée de festival. La popularité du groupe n’a cessé d’augmenter ces dernières années, notamment après les albums « The Moutain » (2013) qui empruntait aux sonorités 70’s et « Affinity » (2016) qui s’ancrait clairement dans les sonoriété électriques dans la décennie suivante.

Haken en live, je crois que soit on adore, soit on déteste. Après les avoir vus il y a quelques années au Be Prog ! My Friend puis au Spirit of 66 de Verviers, et avoir été quelque peu déçue des prestations, j’ai complètement décroché du groupe et ne me suis plus du tout intéressée à leur actualité.

Il n’empêche que je dois reconnaître que les grandes scènes leur vont mieux que les petites sur lesquelles je les ai initialement vus. Le chanteur a la bougeotte et le côté funky, voire un peu barré, du groupe s’exprime très bien quand on lui laisse assez d’espace pour le faire.

Au bout de quelques morceaux, le groupe a réussi à suffisamment piquer ma curiosité pour me donner envie de me mettre à jour dans leur discographie.

Haken - Promo picture

Bilan de la journée

La programmation de la grande salle était simplement extraordinaire. Et il n’est pas étonnant qu’une telle masse de gens ait fait le déplacement pour en profiter. Aucune grande découverte cependant sur cette scène en ce qui me concerne. Quiconque écoute du prog’ depuis quelques années a déjà certainement vu tous les groupes qui s’y sont produits : grande qualité, mais peu d’originalité.

La petite scène, en revanche, m’a offert quelques belles découvertes. Je suis impatiente de revoir Wheel, la meilleure découverte de ce premier jour de festival, et j’espère un jour revoir Jo Quail et le Alex Skolnick Trio, peut-être à l’occasion d’un autre festival.

Quel que soit l’événement, un « sold out » est toujours une mauvaise nouvelle pour le public, car il correspond à la promesse d’un événement épuisant et humainement beaucoup trop « chaleureux ».

Samedi 23 – Une journée plus calme, un line-up plus soft

Running Order Prognosis festival - Jour 2

Après m’être voluptueusement vautrée dans les bras de Morphée, avoir profité d’un bon buffet petit-déjeuner suivi d’une petite sieste salvatrice, j’étais fin prête à entamer la seconde journée du Prognosis festival.

Malheureusement, ma cheville n’a pas su se reposer autant que moi et n’a pas tenu l’entièreté du second jour… je ne peux donc faire qu’un « demi-report » de cette journée qui s’est avérée bien moins dense que la précédente, tant au niveau du public que de la programmation.

*Prognosis

Tout droit venu de Manchester, c’est le quatuor anglais Prognosis qui a ouvert ce second jour de festival. Avec leur musique se baladant sans retenue d’un sous-genre du metal à l’autre et leur énergie, leur bonne humeur, ils ont agréablement su lancer la journée.

Dans leur set, rien n’était parfait, et c’est sans doute ce qui a fait leur charme. Avec une énergie indéniable, affichant leur plaisir d’être là, les musiciens ont fait leur job avec quelques petites erreurs de justesse, de notes, de rythme, qu’on leur pardonne rapidement tellement celles-ci étaient faites « de bon cœur ».

Prognosis n’est certainement pas le groupe que je recommanderais de façon virulente à celui qui cherche la future perle du prog’. Mais avec leur musique et leurs personnalités qui ne font pas semblant d’être autre chose que ce qu’elles sont, le groupe m’a fait passer un excellent petit moment.

Golden Caves

Considéré par le magazine PROG (UK) comme « (…) the future of prog rock », le jeune groupe de Rotterdam n’a pas réussi à me convaincre.

Golden Caves Band

Malgré un savoir-faire qu’on ne peut renier, il manque encore à Golden Caves un soupçon d’originalité qui les autoriserait à décoller. Il n’empêche que le groupe propose un prog’ mélodique, emmené par une voix féminine, et nous plonge dans des influences tantôt atmosphériques, tantôt plus symphoniques.

Le tout manque, à mon sens, d’affirmation, de punch, de tripes. Mais étant donné le jeune âge des membres du groupe, nul doute que celui-ci est à suivre avec attention et nous réserve encore de belles surprises.

*Green Carnation

Green Carnation était une surprise : loin d’avoir suivi l’actualité du groupe ces dernières années, et suite à leur long silence entre 2006 et 2016, je dois avouer que je pensais le groupe irrémédiablement dissout. C’est donc avec un grand étonnement que j’ai constaté que le Green Carnation qui montait sur scène était bien le groupe norvégien auquel je ne m’attendais plus. Et, honnêtement, la surprise fut excellente.

Il ne m’a fallu que quelques courtes minutes pour être happée par leur musique, par leur présence sur scène, par leur talent. Les mélodies sont prenantes, la voix de Kjetil Nordhus est puissante et sonne juste, chaque élément de leur musique est dosé à la perfection.

Alors que je les avais presque oubliés –honte à moi-, Green Carnation a su se rappeler à bon souvenir et m’émoustiller suffisamment pour faire naître l’impatience quant à la sortie de leur prochain album. Ce concert fut, pour moi, le meilleur de ce second jour !

Letters from the Colony

En ce qui concerne Letters from the Colony, j’avoue que je ne sais pas trop quoi dire. Ils furent sans doute le groupe le plus surprenant et le moins adapté à la programmation de l’événement. En effet, bien que leur musique soit généralement reprise sous le terme de « progressive », la brutalité de leur son et leur utilisation du rythme me ferait plus facilement les classer dans le deathcore ou le mathcore.

En dehors de cette constatation, il faut reconnaître que le groupe suédois savait plutôt bien défendre sa musique sur scène, avec énergie et précision. Mais, habituée jusqu’alors à des ambiances légères, mélodieuses et principalement emmenées par du « clean singing », je n’étais pas préparée à vivre l’expérience de Letters from the Colony sur scène.

Fatigue et digestion sonnent le glas de mon Prognosis festival

Je n’ai jamais été fan de Devin Townsend et n’étais pas impatiente de le voir sur scène. Cette partie du festival a donc été remplacée par une balade dans les rues aux alentours d’Effenaar, et la dégustation d’un excellent burger dans l’un des restaurants avoisinants.

Je regrette peut-être d’avoir manqué Anneke Van Giersbergen puisque, à en croire les photos, celle-ci a fait une apparition aux côtés de son ami Devin. Mais je pense que le burger en valait bien la peine.

Cette petite escapade a marqué le début de la fin de mon festival : souffrant de devoir rester debout sur une cheville blessée, fatiguée et en pleine digestion, je suis retournée voir un morceau du groupe Nosound avant de préférer regagner mon hôtel plutôt que subir physiquement les derniers concerts.

J’ai donc quitté les lieux, délaissant les derniers groupes de la journée : *Witchcraft, COG, *Tesseract et Sleepmakeswaves.

Une première édition au succès retentissant, une édition 2020 déjà programmée

Comme je l’ai dit et répété, le gros point négatif de cette première édition du Prognosis festival fut son succès. Le manque d’espace est toujours un facteur négatif pour un événement et la seule chose qu’on peut espérer est que les organisateurs diminuent le nombre de tickets en vente pour l’édition 2020 ou, au moins, répartissent mieux les groupes, entre les deux jours et entre les deux scènes du festival.

Crowd Prognosis
© Paul Verhagen Photography

En dehors de cette évidence, on ne peut qu’applaudir l’organisation. L’endroit est parfaitement approprié à ce genre d’événement et offre une excellente qualité de son. L’affiche était simplement impressionnante.

Le rendez-vous est d’ores et déjà pris pour le Prognosis festival 2020, les 20 et 21 mars, et un calendrier de mise en vente de early birds tickets a déjà été annoncé par le festival.

Je suis curieuse de voir comment celui-ci va évoluer dans les années à venir et ai été ravie de prendre part aux débuts de cette nouvelle aventure dont je ne peux que faire la promotion.


Prognosis festival

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